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vendredi 8 janvier 2010

HISTORIQUE / Vade-mecum de l'art contemporain chinois

L’histoire de l’art contemporain chinois a pour clé l’histoire du régime politique. Longtemps les artistes, enfermés dans un art engagé, célébrait des thèmes collectifs et les heures glorieuses du pays. Quand beaucoup plus tard le régime relâcha les rennes, les artistes ont penché vers un art gratuit, d’une inspiration intérieure.
Tout commence avec la Révolution Culturelle en 1966 : Mao, favorisant un réalisme socialiste, bloque l’émergence de formes artistiques expérimentales. L’art, « contaminé » par le capitalisme occidental, doit s’inspirer des problèmes sociaux intérieurs de la Chine.
Hello Xiaoping !

A la fin des années 1970, une fois la Révolution Culturelle finie, Deng Xiaoping (secrétaire du Parti communiste chinois de 1956 à 1967) lance sa politique d’ouverture et de réforme : il fut appelé « l’architecte des réformes et de l’ouverture ». On commence alors à parler d’art moderne, non pas à la façon de l’Occident mais avec le souci de libérer l’art du message politique et moral. C’est une grande époque de polémique : les artistes doivent choisir un camp, entre réalisme social et avant-garde.
Un mouvement au nom symbolique : Les Etoiles
« Chaque artiste est une star. Nous avons appelé notre groupe « Les Stars » afin de souligner notre individualité. » Ma Desheng (poète et peintre né à Pékin en 1952)








Nu allongé, 1984
Ethan Cohen Fine Arts Gallery



Les Etoiles sont le premier mouvement artistique à défier le pouvoir. En septembre 1979, 23 peintres et sculpteurs exposent 140 œuvres autour des jardins du Palais des Beaux Arts de Pékin – l’Etat ayant refusé un lieu plus adéquat. Les artistes revendiquent une liberté d’expression, encouragés par l’enthousiasme populaire.
Ce n’est qu’en 1980 que le pouvoir accorde aux Etoiles deux salles du Palais des Beaux Arts, dans l’espoir de limiter la diffusion de leurs œuvres. L’effet escompté est tout autre : le nombre de visiteurs et d’artistes explose, ce qui conduira l’Etat à interdire ce groupe. Les artistes migrent ainsi dans les pays capitalistes pour continuer à défendre leur liberté d’expression, refusant tout compromis.

jeudi 7 janvier 2010

HISTORIQUE / Les années 1980 ou la victoire de l’art

C’est la période la plus ouverte dans l’histoire de la République Populaire : le patrimoineinterdit pendant la révolution culturelle est redécouvert.
L’Art moderne est introduit en Chine ; les artistes chinois s’imprègnent des références occidentales. Aussi plaident-ils avec enthousiasme l’aliénation de leurs contemporains. C’est le début d’une réaction contre le réalisme socialiste : ils fustigent les tabous politiques, moraux, et sexuels. En 1985, certains remettent en cause la peinture traditionnelle. Gu Wenda voit par exemple l’art comme un processus d’expression de la vérité intérieure de l’artiste, qui se doit de défier les valeurs sociales existantes. Ses peintures introduisent des images et des mots obscènes. Les canons traditionnels explosent, un nouvel espace s’ouvre. Wenda efface la différence entre moral et immoral, pendant que Wu Shanzhuan donne dans l’humour rouge, qui tourne en dérision la révolution culturelle.

Totem Landscapes #3, 1989
Contrasts Gallery, Hong Kong
Today no water, chapter 29, 2007
200 x 300 cm, acrylic and oil based marker on canvas

L’exposition Chine Avant-garde de 1989 : un nouveau souffle

« Trois cents travaux de plus de quatre-vingts artistes étaient présentés à Pékin au cours de l’exposition « Chine Avant-garde ». Il s’agissait du premier inventaire de dix ans de développement de l’art contemporain en Chine. Cette exposition prouvait avant tout que l’art chinois avait atteint l’âge mur, détruisant au fil des années les barrières érigées par l’art traditionnel et officiel. Elle créa une véritable onde de choc à l’intérieur du pays et au-delà des frontières. »
Extrait de : Hung Wu, Exhibiting Experimental Art in China, op. cit., p. 16

Pékin, 1989. China/Avant-garde (No-U-Turn)

mercredi 6 janvier 2010

HISTORIQUE / Une nouvelle révolution culturelle ?

De l’indifférence à l’omniprésence

Depuis ces trente dernières années, la vitesse à laquelle le marché chinois a évolué est stupéfiante. L’Empire du milieu jouit d’une position dominante dans l’économie mondiale qui ne se limite plus à la production mais qui inclut à présent la consommation.
Malgré le grand cri de liberté politique et artistique depuis les années 1970, on peut se demander si, depuis trente ans, la peinture chinoise a réellement su trouvé son originalité propre ?
Ce n’est que depuis dix ans que le monde artistique mondial s’intéresse à l’art contemporain chinois. Quand à la Chine elle-même, elle ne se soucie vraiment de son propre marché que depuis 2000. Il a fallu attendre une double révolution :
- Une ouverture sur l’étranger : les restrictions imposées à l’exportation et les taxes élevées défavorisant l’expansion artistique sont levées ;
- Une révolution relative à la liberté d’expression : pendant longtemps, les artistes avaient pour rôle la diffusion des images idéalisées de Mao.
Qui dit marché dit moyens de diffusion… Depuis 20 ans le gouvernement a légalisé le marché privé de l’art. On peut observer un essor des ventes aux enchères : plus de 100 maisons de ventes ont été fondées dans les villes, et de nombreuses foires sont crées. La première a lieu à Guangzhou, et il fut difficile d’organiser un évènement d’une telle ampleur.
Depuis les années 2000, les ventes majeures ont été multipliées dans les grandes villes : Pékin, Shangaï, Xian, Hangzhau, Suzhou et d’autres encore. Ces ventes étaient animées par des collectionneurs privés et des grandes entreprises chinoises de toutes les régions, qui grâce à la croissance économique pratiquaient des investissements en art.

Une libéralisation artistique à double face
Capitalisme économique ne rime pas toujours avec libéralisme social, surtout dans un pays qui contrôle toujours l’information. Les publications de la télévision sont beaucoup plus contrôlé que l’art contemporain, car leur audience est beaucoup plus large.
Cependant, musées et galeries restent surveillés. Le Zendaï Museum de Shangaï en mai 2006 a du fermer une exposition juste après le vernissage : le comité de censure avait imposé le retrait des projections de Zhang Ding, jugées pornographiques. De même, Zhang Xiaogang, qui dresse le portrait de « la grande famille chinoise », ne fut pas accroché.