mercredi 13 janvier 2010

INTERVIEW / Pierre Cornette de Saint Cyr


Entretien avec Pierre CORNETTE DE SAINT CYR, commissaire priseur


Pour mieux comprendre l’exode de l’art chinois en France, il est intéressant de s’interroger sur la source de cette expansion, c’est-à-dire ce qui exactement a propulser l’art chinois sur le marché français. Un des acteurs fondamentaux de cet événement est Maître Pierre Cornette de Saint Cyr qui fut l’un des pionniers de cet art dans les années 1990.

Nous avons eu la chance de nous entretenir avec lui, et de mieux comprendre quels facteurs poussé à s’intéresser à cet art et son marché. Véritable amoureux de l’art contemporain chinois, la preuve en est : la moitié du mur derrière son bureau est couverte par les tableaux d’ artistes Chinois.

Comment l’art contemporain chinois a pu gagner votre cœur ?

J’ai voyagé à Hong Kong dans les années 1995-1996 avec César pour la fondation Cartier, qui organisait une exposition à l’époque. Le soir, nous sommes sortis dans un restaurant et en montant les escaliers pour entrer dans la salle, nous avons remarqué un pan de mur couvert par des tableaux très intéressants. Ils ont tout de suite accroché notre regard. Par la suite nous avons appris que ces œuvres étaient peintes par la première génération d’artistes contemporains après Mao. Rentrés à Pékin, j’ai tenu à rencontrer ces jeunes artistes et tâcher de comprendre leur art. La Chine a une histoire et une culture très riche et impressionnante, qui peut être un des facteurs du succès de l’art chinois. Tout de suite, j’ai senti en eux un potentiel artistique non négligeable.

Comment l’ouverture de ce marché a-t-il progressé dans le temps ?

Les premiers temps, les artistes contemporains chinois étaient plus connus à l’étranger que dans leur propres pays. Aujourd’hui, ces artistes regagnent avec plus de dynamisme le marché compatriote. Au début, les acheteurs nationaux souhaitaient acquérir les œuvres des artistes chinois pour les revendre à la suite, alors que de nos jours, ils les collectionnent.

Comment avez-vous fait connaitre l’art chinois en France ?

Nous avons organisé des ventes où nous intégrions un grand nombre d’œuvres- notamment des tableaux- contemporaines chinoises, afin de familiariser le public avec un art plutôt absent du marché. D’autre part, nous étions l’intermédiaire entre les galeristes et l’art chinois à ses débuts. Une des premières galeries à s’intéresser vraiment à l’art contemporain chinois est la galerie Loft.

Et aujourd’hui ? Combien d’artistes chinois avez-vous dans vos ventes ?

On y met à peu près 10 tableaux par vente. Nous préparons actuellement une vente pour mars où vous pourrez contempler à loisir quelques « bijoux » de la scène contemporaine du levant !

Est-ce que vous compter à faire une vente spécifique comprenant uniquement des œuvres contemporaines chinoises ?

Non. Je pense que ce serait dommage de les faires sortir du contexte de l’histoire de l’art contemporain, de les mettre à part. Elles ont leur place à part entière et font partie du marché.

Et la crise ? Comment a-t-elle touché les cotes des artistes chinois ?

D’après moi elle n’a pas eu un impact aussi important que le tapage médiatique le laisse entendre. Il y avait ce moment de « vraie crise » il y a quelques temps, mais plus aujourd’hui – les artistes chinois de vendent très bien et maintiennent leurs cotes.

Pourquoi l’art chinois vous intéresse –t-il tellement ?

La différence entre culture occidentale et chinoise me passionne. Tandis que les français se comportent d’après leur « droits », les chinois suivent d’abord le « devoir », dans chacune de leurs actions. La Révolution Culturelle passée, ils ne se laissent pourtant pas autant porté par un individualisme ambiant, contrairement aux français, sans ne froisser personne. Les chinois gardent en toute circonstance la notion d’appartenance à un groupe. Les devoirs, soit pour leurs enfants, familles, travail ou encore communautés, passent avant la notion même de liberté individuelle. Et les tableaux contemporains sont emprunt de toute cette culture, de toutes ces valeurs de société.

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